Martin Eden, de Jack London

9782264024848

 

C’est pour des romans comme celui-là que je lis. Il y a énormément de bons livres, mais des chefs-d’œuvre, même si le mot est galvaudé, pas tant que ça. Martin Eden est – à mes yeux – de cette race, de celle des œuvres qui marquent et auxquelles on repense souvent.

 

Martin Eden narre le destin d’un marin rustre et bagarreur dans le San Francisco du début du siècle dernier. Il tombe amoureux d’une jeune femme issue de la haute bourgeoisie, loin des bas-fonds et de ses mœurs dans lesquels il a toujours évolué. Pour lui plaire et espérer la conquérir, il va s’instruire et découvrir la poésie, la biologie, la philosophie, la littérature… Tout cela en autodidacte. Doté d’une inépuisable soif d’apprendre, de facultés intellectuelles bien supérieures à la moyenne et d’une ténacité encore plus développée, Martin va entrer dans un monde qu’il n’imaginait pas et se découvrir des talents insoupçonnés. La connaissance et la quête de beauté et de vérité que l’on trouve dans les livres vont le transformer à jamais. Il va se lancer sur les chemins de l’écriture et s’efforcer de devenir un écrivain célèbre. Mais le savoir et l’art sont des armes à double tranchant et le modèle bourgeois n’est peut-être pas  aussi merveilleux qu’il le supposait au départ.

 

L’histoire est assez classique et suit la ligne d’un roman d’apprentissage, dans sa première partie tout du moins. Mais son traitement et le personnage sont d’une telle humanité, d’une telle justesse que l’on ne peut que fondre et vibrer au fil des aventures de ce héros hors norme et pourtant si proche de nous.

 

Le style de London est un délice. il fourmille d’aphorismes et de passages lyriques parfaits. J’ai même souvent regretté de ne pas noter certaines phrases ou passages qui me semblaient  tellement justes ou beaux.

Pourtant, si maîtrise il y a, elle n’est jamais pompeuse ou ostentatoire, mais toujours au service du propos. Pour reprendre une expression de Jo La Frite, Jack London “ne se regarde pas écrire”. Martin Eden est ainsi d’abord et avant tout une déchirante histoire humaine, celle d’un homme qui rêve plus grand que tout le monde. Son parcours nous confronte à nos aspirations d’absolu et nous interroge sur notre propre destinée.

 

Les lecteurs calés en philosophie vous parleront d’une critique du “surhomme nietzschien’’, d’autres au fait de la vie de son auteur, vous diront qu’il s’agit d’une autobiographie déguisée, d’autre encore d’une réflexion sur l’individualisme et le socialisme… Tout cela est probablement vrai, les grands romans brassent une multitudes de thématiques et vous en trouverez d’autres encore ainsi qu’une magnifique peinture de l’Amérique au début du 20ème siècle et de sa classe ouvrière. Mais ce livre vaut d’abord à mes yeux pour sa puissance émotionnelle et l’empathie que suscite en nous son héros.

 

Oscar Wilde disait que le plus grand drame de sa vie avait été la mort de Lucien de Rubempré, l’un des grands héros de Balzac. Martin Eden est de la trempe de ces personnages qui, bien que de papier, vous semblent si proches et si familiers que leur destin vous bouleverse.

Un chef-d’œuvre, je vous dis.

 

Tom La Patate

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