Anna Karenine, de Léon Tolstoï

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Je ne suis ni une femme de Lettres, ni une critique littéraire ou un libraire. Je conçois donc que cela puisse paraître pompeux de faire un billet sur un MÉGA chef d’œuvre du XIXème siècle et je prie d’excuser nos connaissances écrivains, critiques et autres si ces considérations leur apparaissent comme illégitimes…

 

Anna Karenine a été mon partenaire pendant 4 semaines de passion et je suis très triste aujourd’hui de devoir passer à autre chose. Vraiment, à tel point que je ne sais absolument pas quoi lire maintenant. Heureusement, mais heureusement, que Tom la Patate et une collègue du bureau me l’ont recommandé, sinon je serais passée à côté de cet ouvrage absolument… Grandiose, à tout point de vue.

 

Ce livre, qui pourtant date de 1877, est extrêmement moderne et a pour mérite de nous initier de façon limpide à la littérature russe. Selon moi, c’est une littérature assez compliquée à appréhender car il y a souvent une foule de personnages, chacun ayant plusieurs noms selon les contextes (et des noms pas simples pour nous, occidentaux !). Ne vous laissez pas décourager par les deux tomes et les 1200 pages, car elles se lisent excessivement facilement, chaque tome étant découpé en 3 parties, elles-mêmes découpées en tous petits chapitres.

 

J’ai pour principe de ne pas raconter l’histoire des livres que nous présentons chez les Coincés chez nous, mais pour fois, je vais y déroger, car il est impossible, avec un tel livre, de ne pas entrer au contact des protagonistes. Certains lecteurs perçoivent cette histoire comme celle de deux couples principaux, avec un troisième en arrière-plan. Ce qui est assurément vrai, puisque d’ailleurs le titre originel voulu par Tolstoï était Deux couples, deux histoires. Mais, personnellement, j’y ai surtout vu l’histoire de deux personnages principaux, qui se trouvent être en couple et en être profondément affectés, d’une façon ou d’une autre.

D’un côté, vous avez la belle Anna Karenine, mariée à un homme (Alexis Karenine) qui se veut sur le principe exemplaire, et mère d’un petit garçon qui s’appelle Serge. Anne mène une vie mondaine et sage, jusqu’au jour où elle rencontre le jeune Comte séducteur Vronski (plusieurs orthographes existent selon les traductions). La passion va littéralement envahir ces deux personnages, au point qu’Anna abandonne mari et fils pour la vivre. A la fois sévèrement jugée par l’aristocratie de l’époque, et en même temps enviée, Anna ne se pardonnera jamais vraiment cet « écart » de vie et le fera payer, inconsciemment puis volontairement, à son amant.

De l’autre côté, vous avez Constantin Lévine, beau, réservé, timide, et fuyant les mondanités. Ce personnage est censé représenter Léon Tolstoï dans son rapport au monde. Fuyant les prétentions de la ville pour vivre dans son immense propriété agricole à la campagne, Constantin s’interroge énormément sur le sens du travail paysan, ainsi que sur le sens de la vie. En perpétuel mouvement intérieur, Constantin évolue lui-aussi, trouvant chez sa jeune femme Kitty, l’amour de sa vie, un début de bonheur.

 

Ces deux personnages ne se rencontreront qu’une fois, vers la fin du livre. Pourtant, leurs vies sont indéniablement entremêlées. Et ils ont tous deux énormément de points communs. Ils aspirent tous deux à être heureux, à trouver un sens à leurs actions et à ce qu’ils vivent. Ils tombent tous deux follement amoureux, lisent énormément, et sont peu enclins aux mondanités, vivant facilement reclus à la campagne ou dans les petits hôtels du monde… Anna tombe gravement malade lorsque Constantin accompagne son frère dans la mort, Anna lit énormément pour accompagner son amant dans chacune de ses passions (architecture, peinture etc.) quand Constantin lit énormément pour comprendre les différents modèles économiques possibles, le sens et l’ordre des choses. Pourtant, ils se différencient par les chemins qu’ils vont prendre. Malgré elle, Anna va se perdre dans la vanité et la passion : elle ne voudra plus que tester ses charmes, sa féminité, son intelligence. Elle n’arrivera plus à vivre pour elle-même, et cherchera, chez son amant avant tout, la flamme qui lui permettra de tenir debout. Constantin, lui, n’aura de cesse que de refouler les sentiments humains « mauvais » comme la vanité, l’ostentation etc. Il réalisera à la fin que c’est d’ailleurs cette foi en le « bien » des humains qui lui permet de donner un sens à sa vie, et à celle de la famille qu’il construit. J’ignore si la leçon que Tolstoï veut faire passer est que la vanité peut nous tuer, quand la foi peut nous sauver, mais c’est en tout cas ce que j’ai retenu du livre.

 

Je me suis demandée, pendant la lecture, pourquoi ce livre s’intitule Anna Karenine alors que Constantin Lévine y a une place tout autant importante. Je pense – mais sans prétention – que c’est parce qu’Anna va systématiquement influer sur la vie des gens qu’elle croise, et hélas toujours pour leur malheur. A force de vouloir vivre dans le regard d’autrui, elle « bouffe » littéralement les gens qu’elle rencontre. Son influence est présente tout le livre, y compris malgré elle souvent dans la vie de Lévine. Constantin ne fait pas cet effet nocif aux autres, même s’il les marque, car il n’est pas dans la même quête existentielle narcissique…

 

Au-delà de cette histoire très détaillée et travaillée, Anna Karenine est un chef-d’œuvre d’écriture à bien des égards. Les descriptions de la Russie de l’époque sont parfaites, je voyais mentalement les images en même temps que je lisais. Chaque ville, chaque course épique, chaque chasse est décrite avec une précision qui nous fait vivre l’évènement. L’odeur de la terre, les saisons qui défilent, rien n’est laissé au hasard. Et que dire de la façon dont Tolstoï retrace les trajectoires psychiques de ses personnages, y compris dans tout ce qu’ils ont de plus laid. C’est absolument dingue.

 

Dans le métro, dans le lit, dans le train, dans l’avion, j’ai lu Anna Karenine. Un petit chapitre par-ci, un petit chapitre par-là. J’ai souvent éteint ma Kindle à regret pour passer à une autre activité…

 

Franchement, sans hésitation, lisez ce livre. Ce serait vraiment dommage de faire une vie de lecteurs en passant à côté d’un tel bijou.

 

 

Jo La Frite

4 Réponses à “Anna Karenine, de Léon Tolstoï”

  1. Bao Tram
    18 septembre 2015 à 18 h 02 min #

    Jolie critique Jo la Frite ! Je vais quand même attendre mes prochaines vacances pour lire les 1200 pages ! Merci de m’en avoir donne envie

  2. coincescheznous
    18 septembre 2015 à 18 h 52 min #

    Merci Tram :-)

  3. Florence Euverte
    4 avril 2019 à 9 h 55 min #

    Merci pour cette juste critique… qui me donne très envie de relire ces pages ! En effet, j’ai aussi le souvenir d’une grosse déprime post-lecture… un peu comme après « Gone with the wind » ou dans un autre genre « Le comte de Monte-cristo ».
    Le XIXème est vraiment le siècle magistral du roman.

    • coincescheznous
      4 avril 2019 à 20 h 31 min #

      Merci Florence. Je t’embrasse

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