« D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan

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C’est un livre tellement particulier que je n’ai aucune idée de la façon dont je vais vous le présenter…

 

La meilleure façon est peut-être de commencer par l’auteure. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de Delphine de Vigan, je vous conseille de vous y intéresser car c’est une littérature assez spécifique. Elle est notamment réputée pour la justesse de ses romans autobiographiques, avec Jours sans faim et surtout le très, très médiatique Rien ne s’oppose à la nuit, qui raconte son histoire familiale – et surtout celle de sa mère. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Delphine de Vigan a eu une vie très mouvementée : anorexie, secrets de famille lourds (viols et incestes), pathologie psychiatrique chez ses parents et j’en passe et des meilleures. Mais ses ouvrages n’ont pas vocation spécifiquement à faire pleurer dans les chaumières : il s’agit de retranscrire avant tout des états réels, éprouvés, et de les partager. Par exemple, dans son avant-dernier roman qui traite donc de sa famille, l’auteure a procédé à des séries d’entretien auprès de ses proches, amis, à des relectures de journaux intimes, afin de cerner la réalité éprouvée par chacun des personnages qu’elle met en scène. Pour autant, comme elle se plait à le dire, elle ne pourra jamais toucher la vérité du doigt, car même très renseignée, la version des faits est assurément subjective.

 

C’est donc dans cette démarche qu’il faut appréhender D’après une histoire vraie. Ce livre traite très clairement de sa vie. Comme à son habitude, elle s’inscrit donc dans une perspective autobiographique. Il traite de l’histoire d’une femme écrivain – Delphine – habitant à Paris dans le 11ème, qui ne sait plus quoi écrire depuis le succès très inattendu de son roman sur l’histoire de sa mère. Vous aurez donc compris qu’il traite très directement et sans détour de l’auteure elle-même : d’ailleurs ni les prénoms de ses enfants ni celui de son amoureux ne sont travestis. En ce sens donc, Delphine de Vigan nous plonge dans le réel d’un coup, un peu d’ailleurs comme elle se plait à le suggérer comme si nous assistions à sa vie en mode « télé-réalité ». L’héroïne du livre, qu’on imagine donc comme l’écrivain elle-même, va rencontrer une femme, L., avec qui elle va devenir amie, pour le meilleur comme pour le pire. Dans un souci de respect de l’intrigue, le résumé doit s’arrêter là.

 

Au-delà de l’histoire et de sa chute, qui sont assez bluffantes je dois l’admettre, le travail qu’a mené Delphine de Vigan est assez remarquable pour un aspect particulier. Dans le livre, l’héroïne ne sait pas si elle doit écrire un livre « véridique » (au sens d’une réalité qu’elle a éprouvée) ou une fiction. Son entourage lui suggère de rester dans le récit autobiographique, (parce que les lecteurs ne veulent que du vrai !) mais elle reste persuadée que celui-ci est une fiction puisque rien ne peut approcher vraiment la réalité des choses, qui nous échappe. Or, et c’est là où elle est très forte, nous n’arrivons plus dans le livre a décelé le vrai (ce que l’auteur a vraiment vécu) du faux (ce que l’auteur invente pour le roman). Je me demande même si elle ne m’a pas eue et si, sous des airs de faux-semblants, tout n’était pas archi-faux. Auquel cas, Delphine de Vigan aura réussi sa démonstration : il n’y a pas que les histoires estampillées « d’après une histoire vraie » qui peuvent séduire, et la fiction a de beaux jours devant elle…

 

En gros, pour résumer le travail de l’auteure, c’est l’histoire d’un écrivain qui après avoir été réputée uniquement « bonne en autobiographie » prouve aux autres qu’elle peut faire de la très bonne fiction, l’air de ne pas y toucher… Enfin, cela reste mon point de vue, peut-être que ce qu’elle raconte est vraiment arrivé, mais je préfère penser qu’elle nous a bien eus et que son ouvrage dépasse cette fois-ci le récit autobiographique !

 

L’écriture de cette femme en général me plait énormément, le style est simple et les mots soigneusement choisis, tout cela est très fluide à lire. Il y a sûrement quelques passages inutiles ou redondants, et un peu de nombrilisme dans tout ça, mais cela reste quand même à mon sens un beau pied-de-nez et un livre franchement intéressant, dans sa forme notamment plus que pour l’histoire en tant que telle.

 

A lire donc, mais après Rien ne s’oppose à la nuit, sinon on en perd la saveur !

 

 

Jo la Frite

 

 

 

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Une réponse à “« D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan”

  1. Marielle
    15 novembre 2015 à 22 h 17 min #

    J’ai acheté ce livre par impulsion, pour sa jaquette d’abord, pour son auteure ensuite,dont j’avais lu et apprécié « No et moi », et enfin pour la courte phrase d’accroche sur la quatrième de couverture.
    J’ai pris une claque.

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