Le bureau des assassinats, de Jack London

Jack London est mon chouchou du moment. J’ai découvert l’été dernier Martin Eden, immense livre, immense personnage, auxquels je repense souvent.

 

Même si je sais que je ne retrouverai pas facilement une seconde merveille de ce niveau dans son oeuvre, j’ai commandé au Père Noël tout une série de livres du monsieur que je parcours depuis, en alternance avec d’autres lectures. J’aime à chaque fois y retrouver son regard, son style, son ironie, sa violence et ses interrogations. Dernière lecture ‘’Londonienne’’ en date donc, le Bureau des assassinats, sorte de conte cruel, drôle et philosophique. Le Bureau des assassinats est un livre de la fin de la vie de London, mort hélas à quarante ans, et qu’il n’a pas eu le temps d’achever. Il sera terminé, à partir de ses notes, par un autre écrivain Robert L Fish, spécialiste de son oeuvre.

 

Le dit bureau est une société secrète de tueurs à gages. Mais ces tueurs ne sont pas des brutes épaisses écervelées. Ils sont érudits et respectent une éthique extrêmement stricte : tout meurtre commandé doit être justifié socialement. Ces assassins sont des philosophes, qui discourent sur le sens de leurs actes jusqu’au sophisme, fascinés par les questions de logique et de morale, qui prévalent sur toutes les autres considérations, quelles qu’en soient les conséquences, même les plus tragiques, même les plus absurdes. Cette merveilleuse mécanique meurtrière un jour s’enraye quand un jeune milliardaire aux aspirations socialistes commande un assassinat très spécial…

 

Ce livre est aussi noir que plein d’ironie. Les cadavres s’y empilent à la vitesse grand V, selon un logique implacable, mais le génie du crime prend ici des atours presque comiques, tant il est rocambolesque. On s’entretue ainsi entre gentlemen, non sans au préalable s’être livré à quelques joutes oratoires et à quelques réflexions d’ordre philosophique. On s’enorgueillit de passer de vie à trépas au nom d’une belle mécanique intellectuelle, tandis que les pièges les plus machiavéliques se succèdent avec une inventivité jouissive.

 

Ne cherchez pas ici de grands moments d’émotion et de personnages d’exception, c’est avant tout un divertissement absurde, mené tambour battant, qui accumule les péripéties comme une aventure de Tintin et qui s’amuse de la logique et de la rationalité en les poussant à leur extrême. Dans le Bureau des assassinats, la vie n’est rien face à un concept et une éthique et le monstre se dévore lui même pour la beauté de ses idées. Le propos pourrait être glaçant – et quelque part il l’est – mais tout cela est orchestré avec une telle ironie, que l’on savoure d’abord et avant tout un pur objet ludique et décalé.

 

Pourtant, en filigrane, ce qui se joue va bien au delà du simple jeu. Cette petite caste d’hommes qui, au nom d’intérêts supérieurs liés à la morale et à la justice, souhaitent régir l’ordre social et lutter contre le chaos du monde, n’est pas sans interroger le lecteur.

 

Jack London parle d’anarchisme, de socialisme, de rapport à la société et à son fonctionnement. Ces questionnements ne sont pas le coeur du livre, mais lui donne le corps nécessaire pour transformer le propos  en une fable, qui ne laisse pas indifférent, au delà de son simple aspect fantaisiste.

Un livre au rythme trépidant donc, qui se moque joyeusement de la raison et interroge en pointillés les velléités de changer le monde. Jack London est décidément un grand !

 

                                    Tom la Patate

 

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