Dolores Clairbone, de Stephen King

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Après ma lecture de 22/11/63 chroniqué sur ce blog il y a quelques semaines, je ne me sentais pas rassasié. Ce pavé avait beau faire plus de 1000 pages, il m’en fallait encore. C’était trop bon, trop jouissif! Je n’ai donc pas tardé à reprendre un livre de Stephen King entre les mains. L’homme a écrit plus de 50 romans, aussi même si ma connaissance de son travail augmente depuis quelques années, il me reste encore l’embarras du choix.

J’ai à dessein voulu explorer une facette que je ne connaissais pas vraiment  de l’auteur et découvrir comment il s’en sortait avec un récit sans surnaturel, sans fantastique. J’ai donc opté pour l’un de ses romans les plus connus dans ce genre peu développé chez lui : Dolorès Clairborne.

 

On vient de retrouver le corps de Vera Donovan, personnage richissime et excentrique habitant une petite île perdue du Maine et tous les soupçons se tournent vers sa gouvernante depuis toujours: Dolorès Clairborne, déjà suspectée puis blanchie du meurtre de son mari trente ans plus tôt. Pendant quelques heures, elle est auditionnée par la police, qui veut connaître le fin mot de l’histoire. Le livre est son témoignage, longue confession d’une femme de soixante-six ans, qui décrit sans ambage sa vie personnelle et ses drames ainsi que la relation très particulière qu’elle avait avec sa patronne, une femme pour le moins spéciale…

 

Si je m’attendais à ce qu’il n’y ait rien de fantastique dans le roman (quoi que certains passages flirtent avec lui à plusieurs reprises, on ne se refait pas…), j’ai été très étonné par le fait qu’il ne s’agisse en aucun cas d’un livre à intrigue. Dolorès avoue ses fautes dès les premières pages. Si l’auteur tue le suspense avant même de l’avoir réellement exposé, c’est que son objectif est ailleurs : dresser le portrait d’une femme et peut-être même de la condition de la femme aux Etats-Unis.

 

Jo La Frite, dans sa dernière critique, parlait des violences conjugales et Dolorès finalement ne parle de rien d’autre. Dolorès s’est mariée très jeune avec un homme veule et alcoolique, qui la bat régulièrement, parce que c’est l’usage, qu’en tant que chef de famille. Il peut à loisir disposer d’elle, comme le père de Dolorès le faisait avec sa mère, comme tous les hommes de l’île le font avec leur femme.

Sans trop en dire, au fur et à mesure que la confession de Dolorès se développe, on comprend également que sa patronne Vera, l’acariâtre, a  elle aussi été, même si d’une autre condition sociale, sous le joug d’un odieux mari.

Dolorès Clairborne est ainsi un livre farouchement féministe défendant le point de vue des femmes dans un monde âpre où les hommes sont tous des prédateurs en puissance. Comme toujours chez King, la violence y est très présente et éclate parfois de façon impressionnante.

Surtout, Dolorès, femme rugueuse, rustre, souffre-douleur et mère courage est un personnage passionnant et King arrive avec beaucoup de talent à nous restituer cette voix particulière et puissante, autant victime que bourreau.

 

Si l’histoire conjugale et familiale de Dolorès est aussi prenante que bouleversante et propose un final grandiose, l’autre aspect du livre, liée à sa relation avec Vera et à l’étrangeté de cette dernière m’a semblé plus faible, plus cliché, plus téléphoné. Vera est trop archétypale, il me semble, et ses phobies un peu too much. De là vient le petit bémol que je ferais dans ce récit pourtant puissant et qui donne encore à voir avec brio la violence du monde et des hommes, réelle obsession de ce grand écrivain trop mésestimé.

Tom la Patate

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