« Le petit copain » de Donna Tartt

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Cette femme écrivain est un phénomène. Elle est, à mes yeux, l’une des plus brillantes romancières de la littérature contemporaine. Dix ans séparent chacun de ses trois livres, trois sommes dépassant les 800 pages, trois pavés aussi passionnants que brillants.

Le Petit Copain est le second de ses trois romans (après le Maître des illusions et avant le Chardonneret). Il est peut-être aussi, avouons-le, le moins addictif des trois. mais si sa lecture s’est avérée moins vibrante que celle de ses deux autres opus, il reste un livre-monde passionnant, une plongée suffocante et fascinante dans le grand sud américain et un magnifique livre d’adieu à l’enfance.

Le Petit Copain, c’est un peu comme si Lewis Carrol et son bestiaire onirique s’acoquinaient avec l’âpre réalisme de William Faulkner. Le grand écart entre ces deux pôles paraît impossible et pourtant, que cela fonctionne bien ici!

Harriet, 12 ans,  vit dans le grand sud américain, entourée d’un voile de souffrance rentré depuis l’assassinat inexpliqué de son grand frère, retrouvé pendu à un arbre, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Sa mère n’est plus depuis que l’ombre d’elle même, son père a quitté le domicile familial, sa soeur est une énigme qui garde pour elle bien des secrets et notamment les souvenirs de ce jour atroce où leur frère a été assassiné. Harriet est une tête de mule, fonceuse, rêveuse avec un caractère bien trempé. Durant l’été, alors que le sud profond est accablé par une chaleur et une moiteur étouffantes, elle décide de résoudre l’énigme de la mort de son frère. Son enquête la conduira à se confronter à quelques monstres qui la changeront à jamais.

Attention, ce livre est une fausse enquête policière, un faux ‘’club des cinq’’, si je puis dire, car l’auteur se moque comme d’une guigne de résoudre le mystère de l’assassinat du frère. Ne chercher pas le polar, il n’y en a pas. Ce qui intéresse Donna Tartt, c’est la peinture du petit monde clos que constitue la bourgade sur les bords du Mississippi où se situe son intrigue, avec sa profusion de moiteur, de serpents, de prédicateurs fous, de rapports de classes (et de couleurs) entre les employés blancs et leurs rejetons et les nounous/femmes de ménage noires qui les servent… C’est aussi une hallucinante plongée dans l’esprit de détraqués de l’Amérique ‘’White Trash’’ et un terrible récit initiatique qui amènent à la perte de l’innocence. Le livre ne cesse de jouer à la frontière en réalisme cru et onirisme cauchemardesque avec un admirable brio. Le monde qui entoure Harriet est un monde rugueux, violent, désespéré, peuplé de monstres et d’atrocités et même une dure à cuir comme notre héroïne va, en s’y frottant, y perdre beaucoup de plumes…

Le récit est servi par un style superbe, fouillé et exigeant. La profusion de détails et de personnages est parfois un peu déstabilisante et rend l’avancée du récit assez lente, mais qu’importe quand cela est fait avec autant de talent! La fin du livre, sans rien en dire, réserve quelques moments d’anthologie qui restent longtemps dans la tête. Bref, chapeau bas!

Le Chardonneret, son troisième  roman (et grand chef d’oeuvre!) est sorti en 2014. Plus que sept ans avant de retrouver cette – décidément – très grande dame des lettres !

 

Tom la Patate

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