« La fortune des Rougon », Emile Zola

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La Fortune des Rougon est le roman de la genèse, là où débute la saga des Rougon Macquart, le Grand Oeuvre de l’auteur, inspiré de La Comédie Humaine de Balzac dont Zola était un admirateur. Vingt volumes suivront ce roman pour raconter ce que Zola appelle une ‘’Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire’’.

Avec un tel sous-titre, il était logique que la Fortune des Rougon ait pour cadre le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte de 1851, mettant à bas la République et instaurant l’Empire.

Zola choisit d’ausculter ce basculement politique et l’agitation qu’il opère dans la population à travers une petite ville du sud de la France : Plassans, ville fictive inspirée d’Aix en Provence où il a grandi.

C’est ainsi à Plassans que vit Adelaïde Fouque dit la Tante Dine.  Elle épousera un jardinier du nom de Rougon dont elle aura un fils, Pierre. Veuve, elle vivra hors mariage avec Macquart, voleur et alcoolique qui lui donnera une fille, Ursule, et un garçon, Antoine. Ces trois enfants lanceront les branches de la famille et permettront ainsi à Zola d’explorer la société française de la fin du 19ème, mais surtout la nature humaine avec une impitoyable férocité. Car dès l’ouverture de la saga, dès ce livre magistral, il n’y a pas grand chose à sauver chez ces Rougon ou ces Macquart. Les Rougon sont (et resteront) des personnages avides de pouvoir et d’argent, perfides et calculateurs, prêts à tout pour s’élever socialement. Les Macquart sont (et resteront) des êtres violents, indolents, portés sur l’alcool. Les héros de ce premier tome, quasiment tous aussi veules et abjects les uns que les autres, selon le modèle dressé plus haut, sont ainsi les fils (Pierre Rougon et Antoine Macquart) ainsi que leurs épouses et enfants respectifs. Le tableau peint par Zola est tellement noir qu’il en devient presque comique. Le roman, pourtant diablement réaliste et d’une précision d’horloger suisse, dresse ainsi un constat à ce point accablant de la nature humaine qu’il en acquiert un côté quasi clownesque et l’on se demande vraiment qui des deux demi-frères ennemis est le plus haïssable (et en un sens le plus ridicule), sans parler de leurs horribles rejetons.

 

Si je n’avais pas peur des contresens temporels, je dirais que Zola est probablement l’un des auteurs le plus Célinien que j’ai lus. Comme chez Céline, il n’y a pas grand chose à sauver de l’homme et ses personnages y sont aussi médiocres que lâches et pathétiques. La ville fictive de Plassans, qui est un personnage à part entière dans le livre, est tout aussi soumise à ce regard sans concession.

 

Mais là encore, à l’instar de Céline qui sauvait l’homme par l’enfant dans le Voyage au Bout de la Nuit grâce à l’innocence crasseuse et touchante du petit Bébert, chez Zola c’est à un jeune couple d’amoureux idéaliste (eux aussi des enfants) que revient la lourde tâche de mettre un peu de lumière dans cette écoeurante noirceur.

 

Ce propos pour le moins brut est servi par un génie narratif époustouflant qui marie avec bonheur la grande et la petite histoire, les foules, les villes et les singularités de chacun des êtres humaines qu’il étudie à la loupe. Zola n’a pas son pareil pour mêler les grandes scènes de groupe à l’introspection de ses personnages, pour décrire d’un regard toujours très cinématographique un lieu, une action, un personnage, puis pour fouiller à partir de là la psychologie ou la sociologie de son sujet. Egalement, ce que je découvre dans ce livre, c’est la dextérité de l’auteur dans le jeu avec les temporalités et le foisonnement des personnages. Malgré le chevauchement des époques et les lignées de Rougon et Macquart qui s’étirent et se multiplient, sa construction romanesque est toujours fluide, le lecteur n’est jamais perdu et le tension dramatique toujours intense. Du très grand art!

 

Pour conclure rien de mieux que de laisser le mot de la fin à Flaubert qui après sa lecture de la Fortune des Rougon écrivit à Zola : « Je viens de finir votre atroce et beau livre ! J’en suis encore étourdi. C’est fort ! Très fort ! ».  

Tom la Patate

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2 Réponses à “« La fortune des Rougon », Emile Zola”

  1. 2 mai 2017 à 18 h 20 min #

    La saga des Rougon Macquard est l’une des plus grandes saga littéraires. Zola est un auteur qui combine un grand talent et un regard sans concessions sur la société de son époque. Un régal !

    Dernière publication sur Bienvenue chez Chlo Plume : Titre inconnu

  2. Les coincés chez nous
    2 mai 2017 à 20 h 08 min #

    Merci Amant nocturne :-)

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