« Dans une coque de noix », de Ian McEwan

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Ian McEwan est l’un des grands romanciers contemporains de la perfide Albion, lauréat notamment du très prestigieux Booker Prize et l’auteur de très beaux (et sombres) romans comme Expiation, Délires d’amour ou encore Sur la plage Chesnil.

Pour fêter les quatre cents ans du père de tous les littérateurs anglais William Shakespeare, Ian McEwan s’est amusé à un petit exercice de style : rendre hommage à Hamlet. Sauf qu’à la place du jeune prince du Danemark, c’est un foetus qui constate avec effarement les amours adultérins de sa mère avec son oncle et les velléités meurtrières qui en découlent. L’histoire est ainsi vue au travers des yeux (si je puis dire) de cet être non-né, coincé la tête à l’envers dans le ventre maternel, de plus en plus inconfortable pour lui.

On pense les enfants innocents, vierges de toute expérience et connaissance et bien on se trompe! Ce foetus connaît notre monde et ses désastres grâce notamment aux émissions podscastées par sa mère et à une écoute attentive des discussions parentales. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne lui donne pas une folle envie de nous rejoindre!  La crise écologique, le chômage de masse, les dérives de l’islamisme radical ne font pas une très brillante publicité pour l’existence et rendent ce jeune être encore en formation pour le moins angoissé, voire aussi névrosé que son célèbre modèle shakespearien. Lorsque vous ajoutez à cela les perturbations liés au coït incessant de sa mère avec son oncle et la crainte de voir son père assassiné, la vie in utéro est loin d’être une partie de plaisir!  Heureusement il y a le vin ingéré sans précaution par sa génitrice et dont il raffole, qui l’aide à oublier le monde terrible dans lequel il va être condamné à échouer.

L’idée du foetus comme narrateur est une géniale trouvaille qui offrent quelques moments et répliques hilarantes. On rit beaucoup dans cet ouvrage, mais il s’agit d’humour grinçant. Ian McEwan n’a jamais été un tendre et son regard est souvent corrosif, méchant, voire violent. Il est d’ailleurs surnommé en Angleterre ’’Ian Macabre’’ pour son goût prononcé pour la noirceur. Reste que la mayonnaise prend et que si l’on aime l’humour noir, on est ici servi.

Deux petits bémols néanmoins.

Tout d’abord, même s’il s’avère brillant et enlevé, ce roman ne dépasse pas à mes yeux le stade de l’exercice de style. Trop court peut-être, trop simpliste dans son récit, il n’arrive pas à  aller au delà de sa bonne idée de départ.

Sur un plan plus personnel, le jeune papa que je suis est devenu extrêmement sensible (malgré lui) aux souffrances des nouveaux-nés et voir ce petit foetus dont ses parents se moquent comme d’une guigne, tant ils sont occupés à régler leurs comptes et imaginer ses premiers pas dans l’existence au milieu d’une telle famille, m’a rendu bien triste en un sens. Son auscultation décalée et angoissée des monstres qui lui serviront de famille est le moteur du livre et son principal ressort comique. Or, dans la situation qui est la mienne, elle avait un arrière goût un peu amer. Comme quoi, les enfants ne changent pas seulement la vie, ils changent aussi la lecture!

Tom la Patate

 

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