Petit pays – de Gaël Faye

Petit-pays-de-Gael-Faye-ed.-Grasset-224-pages-18-euros

 

Premier roman de l’auteur, Petit pays est paru il y a moins d’un an et a déjà remporté neuf prix, dont le fameux Goncourt des lycéens. J’étais pourtant passée à côté, absorbée dans d’autres lectures.

 

Et puis il y a une semaine, mon appli Audible me l’a proposé, lu carrément par l’auteur lui-même, ce qui est très rare dans les livres audio. J’en parle alors à mon mentor, à savoir mon mec, qui me dit que c’est a priori très bien d’après les critiques qu’il en a eues, mais qu’il ne l’a jamais lu… Je me lance donc sans avoir AUCUNE IDEE de ce dont ça parle puisque comme dit, j’étais passée totalement à côté.

 

Euh, j’aurais peut-être dû me renseigner parce que ce n’est certainement pas un roman dont on sort indemne.

 

Gabriel, qui est en fait l’auteur lui-même, est un petit garçon métis de Bujumbura, au Burundi. Métis car son père est un français du Jura, et sa mère une Rwandaise Tutsi ayant fui son pays. Il vit avec sa petite sœur Ana dans l’ « impasse », une sorte de quartier d’expatriés aisés, vivant un peu comme des néo-colons. Gabriel ne se voit ni comme métis, ni comme rwandais, mais comme un burundais pure souche vu qu’il n’a toujours connu que ça… Son enfance est très heureuse : les siestes sous les moustiquaires trouées, les cueillettes de mangues entre copains, les baignades non loin du lac Tanganyika, les balades aux odeurs de bougainvilliers dans la chaleur moite, les beuveries à l’ombre des cabarets, etc. On trouve dans ce livre des pages entières de bonheur et d’enfance, au point que l’on finisse par s’ennuyer de tant de bons sentiments.

 

Et puis, tout dégénère.

 

Le génocide des Tutsis commence au Rwanda en avril 1994, Gabriel a 11 ans. Sa mère, plus que concernée, d’une part par sa « nationalité » et d’autre part par sa famille encore là-bas, se met à péter les plombs. Mais surtout, l’horreur de cette guerre ne s’arrête pas aux frontières du Rwanda et pénètre bien évidemment le Burundi, très proche voisin. On voit alors très vite l’enfance de Gabriel se précipiter en âge adulte. La peur, d’abord, avant l’horreur. La peur qui confine les Tutsis de l’impasse chez eux, sans savoir que faire ni penser. Les jours entiers passés allongés sur le sol de la maison pour ne pas être vus de la fenêtre, en entendant dehors le bruit des mitraillettes auquel on finit par s’habituer. Puis les représailles, les voisins qui font justice eux-mêmes, la haine, Gabriel qui se retrouve malgré lui à commettre l’irréparable. Enfin, les odeurs de cadavre, les visions d’horreur, sous la chaleur du mois de juillet. La vie qui n’est plus une vie, alors que jusque-là, tout était si bien…

 

Pour sauver ses enfants, le père de Gabriel les enverra en France dans une famille d’accueil, grâce à un rapatriement spécial diplomatique. Un parcours absolument chaotique d’enfant paumé pour qui n’a rien de sens.

 

Bien que j’aie trouvé le temps long sur l’enfance, je l’ai amèrement regretté ensuite. Je me suis retrouvée deux fois très émue, dont une où j’ai carrément pleuré, tellement ce que vivait ce petit garçon était si … violent, inexplicable, affreusement injuste, comme le sont les guerres.

 

Combien de fois je me suis dit en écoutant ce livre que j’avais de la chance, une chance énorme, de ne pas vivre dans la terreur, de ne pas m’habituer à la guerre, de ne pas voir des choses que personne ne devrait voir. Personne ne sait ce qu’est la guerre tant qu’il ne l’a pas vécue et bien que comme tout le monde je connaissais de loin l’histoire de ce génocide, j’en ai vraiment découvert l’immondice grâce à ce bouquin.

 

J’aimerais tellement pouvoir partager avec vous la capacité de l’auteur a nous faire sentir la vie tranquille dans les odeurs chaudes de ce pays africain, à nous retranscrire fidèlement la montée en puissance d’un conflit latent, à nous emmener avec lui dans sa peur et sa montée en âge adulte, mais je ne peux pas faire en deux lignes ce que lui a écrit sur plusieurs années.

 

Un livre atroce et très réussi qui en parallèle m’a beaucoup interrogée sur ce que devrait être l’enfance, et les conditions de l’enfance que j’offre à mes enfants, sans odeur de mangue ni de figue au bout du jardin, de lac où aller se baigner en enfourchant son vélo, de voiture abandonnée sur un terrain vague où se réfugier avec ses copains. Quelle enfance dans une grande ville ? Seule satisfaction : celle d’élever mes enfants dans un pays où l’on ne connaît pas la peur.

 

Enfin, je recommande ce livre à fond les ballons mais attention, si ça commence bien, ça finit dans les larmes, et on y repense (trop ?) très souvent.

 

Pour terminer, j’ignore si vous êtes habitué à « lire » des livres audio, mais c’est sincèrement une pratique que je vous recommande. Je le fais depuis deux ans maintenant, parfois en alternant avec un livre papier, parfois de façon isolée, et j’aime toujours autant. Aller au bureau en écoutant une histoire, ça change un peu de la musique à fond ou de glander sur son téléphone dans le métro, et c’est pas désagréable ! Je reste néanmoins très fidèle au livre papier, car il est possible d’avoir plusieurs amours !

 

 

Jo la Frite

 

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