Vernon Subutex, Tome 3, de Virginie Despentes

Vernon-Subutex

Vernon Subutex, suite et fin. Après les excellents tomes 1 et 2 dont vous pouvez retrouver les critiques ici et ici, voici donc que s’achève la saga Subutex.

Il est difficile de parler du volume trois d’une série sans déflorer l’histoire des premiers ouvrages. Disons simplement, que là où le volume 1 était extrêmement sombre, le volume 2 se faisait plus lumineux et une perspective d’accomplissement et de jouissance naissait pour l’ancien disquaire et ses amis/adeptes. Las, l’état du monde ne laissera personne en paix et le mode de vie alternatif que le groupe avait petit à petit inventé va voler en éclat. L’argent, le terrorisme, la vengeance de l’affreux Dopalet… tout va concourir à mettre à mal la belle cohésion née dans le tome 2.

 

On retrouve dans ce dernier tome la maestria de Despentes à croquer des personnages, à nous plonger dans leurs psychés, à créer l’empathie entre le lecteur et ses héros détonants et étonnants. C’est la grande force de l’auteure, ce qui fait de cette saga une très grande réussite: cette capacité à nous engager émotionnellement auprès des personnages qu’elle invente, tous gueules cassées à leur façon, fracassées contre l’existence, souvent à la limite de la clochardisation, souvent dans la marginalité.

 

Mais la saga Subutex ne se limite pas à cela. Au-delà de la galerie de personnages, il y a une ambition de traduire une époque, de donner à voir le monde dans sa dimension sociale et politique. Lutte des classes, rapports hommes/femmes, place de la femme dans l’Islam, place de l’artiste dans la société…  Cela est particulièrement appuyé (trop?) dans ce dernier tome où l’actualité vient de façon frontale et répétée s’immiscer :  attentats du 13 novembre, Nuit Debout, ZAD, mort de Bowie…

Il y a également cette volonté presque parallèle d’inventer une révolution, une alternative à ce monde en pleine déconfiture que nous décrit l’auteure. Pour Despentes, elle sera musicale, festive, éphémère mais aussi quelque part intemporelle et indestructible. Il est assez amusant de voir comment petit à petit, la musique qui tient une place extrêmement importante dans l’ouvrage, gagne en puissance, en noblesse, voire en religiosité au fil des trois tomes. Elle est au cœur de tout le système Subutex. L’ancien disquaire se fait ainsi gourou musical, leader politique et même en un sens divinité.

Dans le monde en ruine décrit par Despentes, ce tragique chapitre final prend tout son sens et donne une saisissante et déchirante conclusion aux aventures de nos héros.

 

Petit bémol néanmoins sur cette superbe saga: l’épilogue prophétique et futuriste, façon Houellebecq de la Possibilité d’une île. S’il achève à donner une dimension mystique et métaphysique au phalanstère musical de Subutex, il ne fonctionne à mes yeux pas du tout. Il sonne faux et jure avec par sa froideur avec la profonde humanité qui aura emplie cette ébouriffante épopée de notre temps au succès amplement mérité.

 

Tom la Patate

Inscrivez-vous

Subscribe to our e-mail newsletter to receive updates.

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Metaphysique |
Bouquinsprlefun |
Famillerecompose |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dans ma tête...
| outlander
| C'est écrit ... Par D...