“C’est le cœur qui lâche en dernier”, de Margaret Atwood

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Il s’agit du dernier livre de Margaret Atwood que j’ai lu rapidement après ma découverte de La Servante Ecarlate, son livre le plus célèbre (critique ici). Sachant qu’il s’agissait d’une nouvelle dystopie [NDLR: Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur], je m’attendais à un livre dans le même ton: dur, noir, elliptique et tranchant.

Tout faux! Bien que s’agissant d’une autre fiction nous projetant dans un futur cauchemardesque, Margaret Atwood nous propose ici une incroyable satire déjantée. Stan et Charmaine vivent dans un monde en ruine, frappé de plein fouet par une terrible crise économique. Comme beaucoup, ils ont tout perdu. Ils habitent dans leur voiture dans un climat d’insécurité permanent. Ils rêvent d’une vie meilleure où ils pourraient s’aimer, s’épanouir et – pourquoi pas – fonder une famille. Ils entendent alors parler d’une ville qui propose à tous un travail, une maison et la sécurité, mais un mois sur deux…. Le reste du temps, ceux qui y vivent doivent le passer en prison, tandis que d’autres prendront leur place dans la maison rêvée.

Stan et Charmaine décident de tenter l’expérience.

Voilà un roman complètement fou! Franchement, il fallait oser transformer ce sujet en un objet burlesque, aussi loufoque, loin, très loin du climat anxiogène de la Servante Ecarlate. Le récit s’aventure même à un moment vers la comédie érotique comme ne l’aurait pas reniée San Antonio!

C’est un sacré tour de force que réussit là Margaret Atwood. Elle propose une trame dystopique très marquée et très sérieuse qui interroge sur le degré d’aliénation et les compromis que nous sommes capables d’accepter en échange du confort et de la sécurité. Mais, en même temps, le récit qui prend forme devient à chaque page plus débridé et grivois. La noirceur prend alors des allures de comédie totalement décomplexée. On se demande où tout cela va bien pouvoir nous mener et on se laisse mener par le bout du nez dans cette épatante et délirante comédie noire, d’un mauvais goût assumé.

Qu’une femme de 77 ans, considérée comme l’un des plus grands écrivains canadiens, faisant partie de la short-list des nobélisables, ose se moquer à ce point des conventions et du bon goût et le fasse avec un tel talent et un tel entrain est proprement réjouissant! Le dernier Vagas Llosas (nobélisé et âgé de plus de 80 ans) nous offrait déjà il y a quelques mois de savoureux moments érotiques. Comme quoi au pays des grands écrivains, on est longtemps vert!

Tom la Patate

 

2 Réponses à ““C’est le cœur qui lâche en dernier”, de Margaret Atwood”

  1. rougepolar
    31 janvier 2018 à 18 h 21 min #

    Merci pour ce partage fort intéressant , j’ai lu la servante écarlate et j’hési à lire celui ci

    Dernière publication sur Rougepolar : Le retour du jeune prince

    • coincescheznous
      24 janvier 2019 à 17 h 04 min #

      et alors au final vous l’avez lu?

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