Les loyautés – Delphine de Vigan

Les-loyautes

 

Delphine de Vigan est un grand écrivain, ou une grande écrivaine, je ne sais plus trop ce qu’il faut dire… Quoiqu’il en soit, pour moi, elle est vraiment talentueuse. L’incroyable Rien ne s’oppose à la nuit, à cheval entre le récit psychanalytique familial et le roman issu de méthodes de recherche qualitatives a franchement démontré la puissance de sa plume. Jours sans faim ou D’après une histoire vraie, bien que moins impressionnants et/ou traumatisants, sont également des romans durs qui nous entaillent une partie de nos tripes à la lecture. J’ai donc été folle de joie quand Tom la Patate est rentré le 14 février au soir avec ce roman, même si nous nous étions dits que nous ne fêtions pas la saint Valentin. Le dernier Delphine de Vigan quand même !

 

Les loyautés, dont les différentes compréhensions sont données en première page, nous offrent à suivre la vie de quatre personnages principaux, entourés de quelques annexes : une professeure de collège anciennement battue par son père dans des circonstances complétement dingues, un jeune collégien Mathis pris entre le désir de ne pas décevoir sa mère et la peur d’abandonner son meilleur ami Théo, très fragile. Théo, le copain de Mathis, adolescent totalement à la dérive perdu dans un conflit de loyauté entre son père et sa mère ; et Cécile, la mère de Mathis, fille de milieu modeste avec un père alcoolique. Chacun a, à sa façon et dans une mesure différente le poids de son histoire sur les épaules. Le poids de la loyauté à son histoire.

 

Si vous avez déjà lu du Delphine de Vigan, vous savez alors que l’auteure est très à cheval sur la psychologie de ses personnages. Les gens font ce qu’ils font, disent ce qu’ils disent parce qu’ils ont une histoire, un contexte, qui les poussent à devenir ce qu’ils sont. Il n’y a pas de hasard, pas de cheveu qui dépasse : les personnages sont toujours fidèles (oserais-je dire loyaux ?) à ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes, ils ne peuvent pas se trahir. Et c’est étonnement ce point qu’elle cherche à montrer ici : on peut tout faire, tout apprendre, tout jouer, on n’en reste pas moins le réceptacle de ce que l’on a vécu précédemment. Rien ne s’oublie, rien ne se perd, même si tout peut se transformer ; On peut jouer à celui ou celle qui ne ressent rien, on peut tenter de devenir une grande bourgeoise parisienne, on peut essayer d’aller là où l’on ne veut pas : rien n’y fait et n’y fera ! Aucune fuite ne gagne, ce qui nous constitue intrinsèquement reste pour toujours une part de nous.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre, bien qu’il soit trop court et qu’il s’arrête pour moi au moment où il aurait du commencer, mais bon. Très violent, relativement stressant, il est très réussi mais je l’aurais voulu plus abouti, plus achevé : jusqu’où vont les loyautés ? Quel est le bout du bout ? Question qui reste en suspend et qui finalement n’est pas traitée. Pas d’espoir ni de misérabilisme puisque pas de réponse à la vraie question : peut-on transformer une loyauté en un ancrage dont on a tellement conscience qu’il en devient une force ?

 

Jo la Frite

 

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