Cupidon au travail – Loïck Roche

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Lorsque j’ai rencontré Loïck Roche, j’ai été étonné par ses multiples casquettes: Docteur en philosophie, habilité à diriger des recherches en sciences de gestion, ancien consultant, aujourd’hui directeur de Grenoble Ecole de Management. Le tout dans une humilité et une proximité naturelles. Un homme sans fioriture, qui touche du doigt les bons sujets, l’air de rien…

Je savais avant notre rencontre qu’il avait entre autres travaillé sur les relations affectives, intimes et plus sur les lieux de travail, mais ce n’est vraiment que lors d’un déjeuner avec lui Gare de Lyon (déjeuner cher et mauvais au Train Bleu, histoire de faire de la pub) que j’ai compris combien cette thématique était essentielle pour comprendre l’entreprise autrement.

Alors que j’aurais du lire ses ouvrages avant de le rencontrer pour aller bien plus vite dans nos relations professionnelles, j’ai découvert finalement le mois dernier cet ouvrage: Cupidon au travail.

Avant de rentrer dans le détail de la loi de Cupidon, qui va en étonner plus d’un, je tiens à dire que ce sujet met mal à l’aise beaucoup de mes interlocuteurs quand je commence à l’expliquer. Je remercie donc Loïck pour les conversations compliquées que j’aie depuis avec mon entourage :-)

Au début de son livre, Loïck Roche explique que ce sujet de recherche est venu d’une question sur un plateau télé, question qui en définitive, est loin d’être anodine: “De quoi parle-t-on si l’on ne parle pas de sexualité sur le lieu de travail?”. Étrangement, en la lisant, et bien que je ne sois pas Loïck Roche, cela m’a tout autant interpellée. Il est vrai que l’on ne parle pas de ça, ou alors en toute discrétion. Qui couche avec qui, qui s’entend bien avec qui, qui a des relations à la limite de… Ca dérange, ça questionne, on aimerait savoir mais on fait comme si cela n’était pas un sujet. Or, comme dit l’auteur: “ou on dit les choses, ou on ne les dit pas”. Préparez-vous donc à mesurer (enfin!) l’ampleur du phénomène, dont nous sommes tous les auteurs.

La loi de Cupidon

Grossièrement, sans entrer dans la question des villes ( que soulève l’auteur à la fin) et de la taille des entreprises, voici la loi:

“Tous les 7 ans d’ancienneté, une personne aura en moyenne un nouveau partenaire sexuel parmi les personnes qui appartiennent à son entourage professionnel”. Et pour aller plus loin, durant cette même période, cette personne aura 3 relations intimes parmi les personnes qui appartiennent à son entourage professionnel… Par relation intime, on entend tout sauf les attouchements (donc baisers dans le cou, caresses dans le dos ou sur la main, bref des relations pas “neutres”). L’exception existe, évidemment, il y a des personnes qui ne noueront quasiment aucune relation, tandis que d’autres rouleront en vitesse supérieure… Mais ça laisse imaginer quand même ce qu’il se passe dans les organisations, sans parler des relations d’amitié qui ne sont pas intimes mais qui, elles aussi, jouent sur le travail… Évidemment, plus les organisations sont grosses, plus le nombre de personnes mêlées à la loi de Cupidon est probant…

Je ne vais pas reprendre ici toute la démonstration des possibilités de rencontres qu’offre le travail, mais retenons qu’il s’agit là d’une réalité bien concrète qui, si vous ouvrez les yeux, va vous sauter au nez dès demain matin. En revanche, impossible de savoir quand cela “dérape”? “se concrétise”? – à chacun le choix de son vocabulaire – car il faut n rencontres avant qu’il s’agisse de “la” rencontre.

Loïck Roche donne par la suite 3 grands principes de cette loi:

  • Plus on est placé haut, plus on séduit bas…

Et oui! J’aurais aimé que cela ne soit qu’une idée reçue mais… mais non! On retombe toujours sur ce fameux lien entre pouvoir et sexualité. La loi de Cupidon s’affine selon que l’on possède du pouvoir (formel ou non).

 dans ROCHE LoÏck

Notons que l’on passe carrément du simple au double puisqu’une personne ayant du pouvoir aura 2 partenaires sexuels issus de son travail en 7 ans d’ancienneté!

  • L’organisation scientifique de la confusion

Partie que j’ai trouvée la plus intéressante de l’ouvrage! En effet, tout concourt aujourd’hui à semer la confusion entre la (vraie) vie privée et la vie professionnelle. Les séminaires divers et variés de team building, où l’on dort à l’extérieur, les déplacements, les nuits d’hôtel et les voyages de nuit, tout concours à mélanger les genres, à nouer des relations qui entrent doucement dans l’intime, en privant justement la famille qui attend à la maison de la vraie vie privée… Système paradoxal qui veut à la fois que nous ayons des relations de proximité tout en évitant la sexualité… Jeu dangereux!

Bien évidemment tout cela est renforcé par les blagues et les plaisanteries – pas toujours drôles d’ailleurs -, le rôle des technologies (les SMS, les mails, les coups de fil pour commenter, papoter, rigoler tout autant que pour travailler) et bien sûr le rôle de l’alcool dans divers évènements qui permet bien des lâchetés (“pardon j’étais bourré”, grand classique d’amours avortés!).

  • Perdre pour pouvoir gagner

Ambivalence, paradoxe, contradiction… Appelons cela comme on veut, mais toujours est-il que les entreprises les plus créatives sont celles où il y a davantage de relations intimes… C’est un cercle vertueux où une aventure momentanée renforce une attitude positive au travail, qui renforce la créativité, qui re-renforce une attitude positive au travail, qui entraîne des aventures momentanées etc.

Attention: quand les histoires d’amour finissent mal (ce qui est le cas en général pour reprendre une célèbre chanson), le cercle devient tout sauf vertueux… Et oui, c’est bien là l’autre problème!

Ce que dit la psychologie

Petit détour par les sciences humaines… La psychologie dit que finalement la question posée n’est pas celle de l’infidélité mais celle de la fidélité. Sujet ô combien dérangeant car il explique clairement que la fidélité de chair n’est pas inhérente à la condition humaine, mais simplement une construction sociale sur laquelle repose… tout: famille, mariage, et même argent!

Il y a plein de raisons psychologiques qui pousse un individu dans les bras d’un autre. Le fait d’être déjà en couple est un frein, c’est certain, mais pas un empêchement. Se sentir vivant, avoir besoin de se rassurer, de vibrer, ou tout simplement “d’éprouver” sont des clichés pourtant réels. Bien sûr que l’on peut ne pas être tenté pour plein de raisons (notamment par peur d’être trompé en retour), mais il n’en demeure pas moins que cela va à l’encontre de qui nous sommes.

Ce qu’en dit la sociologie

La sociologie explique, pour schématiser, que la société et le travail anéantissent la toute-puissance l’homme, qui pour se sentir encore bien vivant, va aller chercher de la matière là où c’est le plus facile: le travail.

Pas facile à digérer tout cela quand vous avez envie de croire en une vie “au-delà” de notre banalité humaine et pourtant… Si vous regardez demain votre entreprise avec minutie… Vous verrez l’humanité à l’oeuvre!

Faut-il s’offusquer de cela? Je ne pense pas mais à chacun son point de vue. Toujours est-il que les organisations sont remplies de personnes… bien vivantes ou qui cherchent à l’être! Et c’est peut-être finalement bon signe?

Jo la Frite

 

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