Sérotonine, de Michel Houellebecq

Unknown

 

 

Voici donc le retour de l’écrivain français vivant le plus lu dans le monde, le plus commenté, le plus adulé, le plus contesté aussi… Poil à gratter nauséabond pour certains, messie pour d’autres. On entend tout et son contraire sur Michel Houellebecq. Une chose est sûre: chacune de ses parutions est un évènement, chacun de ses livres écrase de son aura toute rentrée littéraire.

 

Mais les chiffres de ventes ne disent pas tout. Alors bon? Pas bon? Que vaut ce nouveau roman?

 

Grand amateur du bonhomme depuis longtemps, j’avais peu goûté Soumission, que j’avais trouvé un peu paresseux et sans grand intérêt au fond. Bien sûr les circonstances lui avaient données un poids indéniable, mais cela ne tenait pas au livre en lui-même. J’abordais donc cette nouvelle livraison avec un peu de défiance, ou en tout cas sans en attendre trop.

Et bien disons le carrément, Sérotonine est un excellent opus !

 

Vous lirez partout que Houellebecq, fidèle à se réputation de grand devin, a prophétisé la révolte des Gilets Jaunes et de la France périphérique à travers le récit qu’il construit autour d’un groupe d’agriculteurs normands se rebellant contre le diktat des pouvoirs publics. Il y a du vrai là-dedans et encore une fois, dans cette partie de l’ouvrage, l’auteur montre tout son talent pour pressentir les soubresauts de notre époque. Mais le coeur du livre est ailleurs, dans un propos bien moins sociétal, bien plus intime.

 

Le roman se présente surtout comme une histoire profondément mélancolique sur les amours passés et perdus. Car oui, peut-être pour la première fois (mise à part  dans Plateforme), Houellebecq parle d’amour. Le vrai, pas celui des obscénités, pas celui tarifé, pas celui pratiqué à plusieurs (encore que tout cela puisse du vrai amour), mais celui qui vous fait voir le monde plus grand et plus beau quand il est présent et réduit tout en cendres quand il disparaît. Celui qui fait votre histoire et marque à jamais votre destinée jusqu’à la tombe. Sérotonine ne raconte finalement pas beaucoup d’autre chose que cela; l’histoire d’un homme qui a râté son grand amour sans vraiment le vouloir, et est finalement passé totalement à côté de sa vie. A 46 ans, il n’est plus qu’un mort-vivant sous sérotonine, s’excluant du monde pour un dernier voyage vers son passé avant la fin.

 

Alors bien sûr ce propos intime est assaisonné à la sauce Houellebecq  -si j’ose dire-, avec ce qui constitue son bréviaire: désenchantement du monde, solitude, désagrégation du lien social, perte de repère et de sens de l’homme occidental. Il charrie ainsi son lot de solitude, de désespoir, de sexe triste et/ou bestial et est décrit avec cette petite touche de provocation et de cynisme, avec ce regard si désabusé, si triste, si revenu de tout et si clinique qu’il en devient parfois comique. Toute l’ADN Houellebecquienne est ainsi bien présente, toujours aussi juste, terrible et tranchante. Mais la force du livre vient avant tout de cette mélancolie, de cet abandon lié à la perte de l’amour. Houellebecq joue moins au démiurge, se veut plus humble et plus humain au fond et propose une morale finalement simple et universelle : Une vie sans amour est une vie impossible.

 

Houellebecq a toujours écrit du côté des vaincus, des perdants, des ratés, il continue ainsi son chemin en lui imprimant moins de rage et de cynisme et en simplifiant son propos, ce qui lui donne  une vraie touche supplémentaire d’humanité, un supplément d’âme (triste) qui lui va à merveille.

Tom la Patate

6 Réponses à “Sérotonine, de Michel Houellebecq”

  1. Lesieur
    28 janvier 2019 à 15 h 42 min #

    En définitive à la lecture de cet article , je vais lire ce livre
    Merci Tom la Patate

    • coincescheznous
      29 janvier 2019 à 9 h 28 min #

      <3

  2. Anonyme
    28 janvier 2019 à 15 h 43 min #

    Bien contente de vous retrouver messieurs dames…. ça file un petit de sérotonine!!

    • coincescheznous
      29 janvier 2019 à 9 h 27 min #

      Christelle?

  3. rougepolar
    28 janvier 2019 à 18 h 27 min #

    Mervi pour cet article. J’hésitais, vous m’avez convaincue !

    Dernière publication sur Rougepolar : La littérature jeunesse

    • coincescheznous
      29 janvier 2019 à 9 h 28 min #

      Vous nous direz ce que vous en avez pensé!

Laisser un commentaire

Metaphysique |
Bouquinsprlefun |
Famillerecompose |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dans ma tête...
| outlander
| C'est écrit ... Par D...