Notre besoin de consolation est impossible à rassasier – Stig DAGERMAN

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Très court essai – ou très courte réflexion – de 4 pages, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier est un bon mix entre apport philosophique et conversation à haute voix sans fioriture, assez dur à ingérer malgré tout car dérangeant.

A vrai dire, je n’en avais jamais entendu parler jusqu’à ce que mon mari me dise que je lui faisais penser à cet essai. De prime abord, vu le titre, ça ne m’a pas tout de suite enchantée, mais il m’a expliqué que c’était plus le type de réflexion qui était derrière que le titre. Bon, comparaison assez particulière malgré tout car l’auteur s’est suicidé peu de temps après, à 31 ans, preuve ultime de sa liberté (mais j’y reviendrai). Donc j’espère quand même que ma réflexion ne m’entrainera pas sur la même destinée.

Cette réflexion commence ainsi : « Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux ». Le décor est planté d’emblée, car comment ne pas « errer » de façon absurde sur un temps limité, régi par l’échéance suprême – dont nous faisons tous comme si elle n’existait pas – la mort. C’est d’ailleurs la question que je me pose tous les jours, et encore plus aujourd’hui précisément, jour où j’accompagne mon grand-père doucement dans la mort ; corps endormi et âme… je ne sais où. Que se passe-t-il dans sa tête quand je lui parle et l’embrasse, qu’il est encore vivant mais sur l’autoroute de la mort ? Quand on en est à ce stade ultime, qu’est-ce qui se joue de cette expérience de la vie ?

Stig Dagerman pose cette réflexion qui selon moi est affreusement pertinente. La création du temps (en âge, en heure) est une absurdité qui nous fait voir la vie comme une somme d’années passant, s’accumulant, jusqu’aux grands âges où l’on commence à craindre la fin. Or, le temps ne dit rien, au sujet de rien. Qu’est-ce que cela peut faire que les choses soient arrivées un lundi ou jeudi, en 1964 ou en 1976, qu’elles aient duré une seconde ou dix heures ? En quoi cela donne des informations importantes sur la « vie » ? Vivre, pour l’auteur, c’est justement éprouver ces moments où le temps n’a aucune importance : dix minutes d’amour fou peuvent vous tenir en haleine parfois toute une vie ; et justement, la vie n’est que cette succession de temps de « consolations » qui vous marquent au fer rouge : « Il est absurde de dire que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre ». Pas fait pour écrire, pour couper du bois, pour chanter…  Non juste fait, là, pour éprouver. Éprouver quoi ? Qu’importe. Ce sont ces sentiments et ressentis qui feront son expérience de la vie. Si on arrivait à ne plus penser en temps qui passe, en somme, en date, en jours, on pourrait s’affranchir de cette obsession de devenir quelqu’un et de « faire quelque chose ». Mais c’est un affranchissement impossible qui nous plonge dans un désespoir sur lequel nous ne pouvons rien, à part chercher des… consolations.

Ces consolations, que nous trouvons ponctuellement et auxquelles nous nous accrochons comme à des bouées, ne sont que des contraires éphémères à ce que nous ressentons. Nous recherchons une consolation de solitude quand on se sent englouti par autrui, une consolation d’amour quand on ne s’aime plus soi-même, une consolation de liberté pour rejeter la servitude, mais tout ça demeure une quête sans fin car… nos consolations sont impossibles à rassasier !

Le monde est plus fort que nous car il a créé ses propres formes qui nous échappent : la course contre le temps et la course à la gloire (sous toutes ses aspects). Nous ne pouvons plus nous affranchir de ce monde pour juste « vivre », nous ne pouvons donc plus être « libre » même si, par bribe furtive, comme le vent dans les cheveux face à la mer, on peut ressentir, un très court instant, le goût de la liberté parce que juste… nous vivons (un moment sans temps et sans gloire).

Finalement, la seule vraie consolation serait, si j’ai bien compris, le suicide : l’acte de liberté sur lequel le monde ne peut pas avoir de prise.

Bref, quatre pages denses et intenses, histoire de bien nous ouvrir les yeux sur notre recherche permanente de consolations diverses et variées.

Jo la Frite

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