Différentes saisons, de Stephen King

516G51k260L._SX297_BO1,204,203,200_

 

Recueil de quatre grosses nouvelles ou courts romans, selon votre interprétation (autour de 200 pages la nouvelle), ce livre montre – si cela était encore nécessaire – tout le talent de l’auteur de Shining. Souvent limité à tort à un simple écrivain d’horreur ou de fantastique, King s’est en fait essayé à tous les styles. Différentes Saisons en est une brillante illustration, puisque les trois premières histoires ne comportent aucun élément étrange et se déploient dans des genres très différents.

Le livre est également intéressant pour ausculter les rapports entre l’écrit et le cinéma. Trois des quatre récits ont fait l’objet d’une adaptation sur grand écran. J’en ai vu (et même revu et revu) deux, qui sont à mes yeux d’excellentes œuvres. Découvrir leur matrice de base s’avérait ainsi intéressant et un vrai challenge pour être convaincu par l’ouvrage.

 

 

1ère nouvelle : Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank

 

Andy Dufresne, jeune banquier brillant, est emprisonné au pénitencier Shawshank pour le double meurtre de sa femme et de son amant. Il clame son innocence, mais toutes les preuves le désignent comme le coupable. Il va découvrir la terrible existence de la vie en prison, (violence, racket, viol…) mais également se lier d’amitié avec quelques détenus dont Red, le roi du marché noir, à qui il va commander au fil de leurs longues années de détention différents ustensiles étranges pour les besoins d’un prisonnier et des posters de stars comme celui de Rita Hayworth.  Ce récit a donc fait l’objet d’une adaptation célèbre, avec Tim Robbins et Morgan Freeman, mais je vous laisse faire vos recherches si vous le souhaitez. Il possède ainsi le titre traduit le plus con de toute l’histoire du cinéma car véritable et gigantesque spolier à l’histoire.  Quoi qu’il en soit, la nouvelle ne m’a pas emballé tant que cela. Peut-être parce que j’en connaissais la conclusion et que son mécanisme repose beaucoup dessus ? Peut-être trop parasité par les images du film ? Peut-être aussi – et cela m’a étonné connaissant la dextérité du romancier dans l’auscultation de la violence –  parce que je trouvais son image de la prison trop lisse, trop gentille ou manichéenne vis-à-vis de ce que j’avais déjà lu sur l’univers carcéral. Reste que la conclusion est brillante, les personnages très attachants et l’interrogation sur l’inadéquation au monde des êtres humains ayant passé leur vie enfermés entre quatre murs assez passionnante et pertinente.

 

 

 

2ème nouvelle : Un élève Doué

 

Ouah ! Quelle Claque ! Voilà un récit fascinant et repoussant à la fois. Un jeune adolescent de treize ans à qui l’avenir sourit se passionne pour les horreurs des camps de concentration, qui exercent chez lui une fascination honteuse mais extrêmement puissante. Il reconnait un jour dans la rue un ancien responsable de camp de la mort caché depuis des années aux Etats-Unis. Il va le faire chanter. En échange de son silence, ce dernier doit lui raconter par le menu tous les meurtres, tortures, expériences innommables qu’il a commis au cours de ces années à la tête d’un camp de la mort. Une étrange relation va alors naître entre eux, réveillant chez chacun des pulsions et des démons qui auraient dû rester enfouis au plus profond.  Le récit est glaçant, le jeune homme – qui a pourtant tout pour lui – est un monstre effrayant et passionnant à la fois. Fils de bonne famille, avec des parents aimants, il est habité par des pulsions terribles, qui restent totalement mystérieuses au lecteur et on le voit petit à petit plonger toujours plus profondément dans ses névroses. L’ancien nazi, qui après des années de déni renoue avec la violence de ses souvenirs et replonge dans la transe macabre de ses jeunes années, est tout aussi captivant et abominable que son compère adolescent. Le récit  en devient diablement puissant. Horrible, terrible, mais impossible à lâcher. Malgré le dégout, on tourne les pages à la vitesse de la lumière dans cette atroce histoire de fous. Ce texte a lui aussi fait l’objet d’une adaptation au cinéma de Brian Singer (le réalisateur de Usuel Suspects et des X-Men), que je n’ai pas vue.

 

 

 

3ème nouvelle : Le Corps

 

Voilà la raison pour laquelle j’ai eu envie de lire ce livre : pour ce récit. Parce qu’il est le matériel de base à l’un de mes films cultes, vu enfant et vu, revu, re-revu, avec toujours le même plaisir : Stand by me de Rob Reiner. On est loin ici du récit glaçant ou à suspense. Ici King replonge dans l’enfance et la nostalgie. Quatre pré-adolescents aux vies déjà cabossées par leur famille et/ ou leur milieu social décident de partir un été à la recherche du corps d’un enfant disparu. Voilà un récit initiatique absolument délicieux. Drôle et grave, simple et beau. J’adore cette histoire que je trouve d’une justesse et d’une vérité parfaite. Un conte terrible de perte de l’innocence, une réflexion sur la destinée, mais aussi une simple histoire et drôle de gamins qui rêvent d’aventures. Comme quoi, sans grand effet, avec de petites choses, on peut écrire un petit chef d’œuvre.

 

 

 

4ème nouvelle : La méthode respiratoire

 

Nous avons affaire ici à une nouvelle plus proche de ce que l’on attend de King habituellement, du mystère, de l’étrange et un peu de gore…

Par l’intermédiaire de son patron, un homme entre dans un club privé étrange où notamment les gens se réunissent pour se raconter des histoires hors normes. Un soir de Noël, un médecin accoucheur à la retraite relate l’étrange aventure d’une de ses patientes, mère célibataire, qu’il va suivre durant sa grossesse et jusqu’à son accouchement.

C’est à mon sens la nouvelle la plus faible du recueil. La description et le sens de ce club bizarre restent très effleurés. On ne comprend ni pourquoi le narrateur y a été invité, ni pourquoi il continue à y retourner. L’étrangeté même du club n’est que trop succinctement traité à mon sens également pour lui donner une réelle substance inquiétante car très vite l’histoire du médecin accoucheur prend toute la place du récit. Elle est assez prenante mais pas non plus inoubliable. Bref, ce texte manque de force à mes yeux. Pour s’exprimer pleinement, il lui aurait peut-être fallu un traitement pour le coup plus long et fouillé.

 

Quoi qu’il en soit voilà un voyage hétéroclite très agréable composé notamment de deux très grands textes.

Merci monsieur King !

 

 

Tom la patate

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Metaphysique |
Bouquinsprlefun |
Famillerecompose |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Dans ma tête...
| outlander
| C'est écrit ... Par D...