La crise du milieu de vie : un tournant, une seconde chance de Lisbeth von Benedek

crise

Un livre très particulier dans lequel forcément, avec ce titre sans équivoque, on ne tombe pas par hasard. Fini les fausses pudeurs, nous passons tous plus ou moins fortement par cette crise, entre 35 et 60 ans selon l’auteur. Cette « crise » du milieu de vie est un moment hors des sentiers battus, où l’on ne se reconnaît plus tellement, à cheval entre la personne que l’on était et que nous sommes en train de quitter, et celle que nous ne sommes pas encore devenue. Nous sommes donc une personne hybride, un peu paumée dans le décor, en même temps sûrement bien plus vivante que jamais.

Grande chance que de vivre cela, parce qu’accessoirement cela permet de se rappeler combien nous sommes des êtres complexes jamais aboutis, toujours en mouvement, au propre comme au figuré.

Mais je commence mal. Reprenons depuis le début. Lisbeth von Benedek, Psychologue clinicienne docteur en psychologie et psychanalyste jungienne, était pour moi inconnue au bataillon. Tout comme l’était cet ouvrage. J’étais partie acheter un livre de développement personnel, j’en suis repartie avec 4 sous le coude. C’est dire combien je mets toutes les chances de mon côté :-) . Il s’agit encore d’un livre que j’ai acheté parmi d’autres, de ricochet en ricochet, en me rappelant ce que me dit régulièrement ma mère : « Tu as 35 ans. 35 ans, c’est l’âge souvent des changements, des crises ». Moi, on m’avait parlé de la crise de la quarantaine depuis que je suis petite, mais comme je suis très en avance et très intelligente, je fais tout avant tout le monde :-) .  Mais retenez que ce qu’explique l’auteur peut s’apparenter à la crise de la quarantaine, à la dépression, au « pétage de plomb » ; enfin bref à toutes ces expressions que l’on utilise pour parler des adultes confirmés qui remettent en question tout : de leur vie pro à leur perso en passant par la couleur de leur petite culotte (et j’exagère à peine !).

Beaucoup de choses intéressantes dans cet ouvrage, aussi beaucoup de concepts psychanalytiques jungiens sur lesquels j’ai du m’accrocher, étant plutôt familière avec Freud. Je vais donc essayer de résumer sans impair les idées principales. Rien de dingue, mais beaucoup de choses qui font écho à mon « milieu de vie », et donc sûrement au votre !

1/ Le milieu de vie nous invite à faire le deuil de « l’adolescent éternel ». Car il faut être honnête, on ne se voit pas vieillir. On le sait, évidemment. On se rend compte que l’on ne récupère pas comme à 18 ans, que nos enfants ont une pêche de dingue et que cela fait maintenant dix ans qu’on se fait appeler « Madame » par des gens de vingt ans… Mais un beau jour, on fait plus que le savoir, on le comprend. C’est fini cette partie-là de notre vie. Pour les femmes, il faut dire adieu à la jeunesse séductrice en tant que telle, au visage rond, aux seins parfaits, à la peau tirée (c’est écrit dans le livre). Un jour, on remarque que notre visage s’affaisse, que l’on a quelques rides, que l’on enterre des proches que l’on croyait immuables (quand on a eu la chance de ne pas les perdre trop tôt), que l’on passe pas loin soi-même de maladie ou d’accident mortels, et qu’il n’y aura plus de marche arrière. Cette période de « l’adolescence éternelle », où demain n’a pas de prise, ou vieillir n’arrive pas ou paraît incompréhensible, est terminée. C’est l’heure des autres qui naissaient quand on le vivait. Maintenant il faut passer à autre chose car le vieillissement est en route. Ce n’est ni mal ni bien, c’est juste ainsi. Mais l’accepter, c’est raide.

2/ Dans cette même logique, on réalise l’évidence même contre laquelle on lutte tous : nous sommes mortels. On fait tous les jours comme si nous ne l’étions pas ou comme si on avait de vrais moyens de lutter contre, mais c’est un fait. On est monté dans un bus dont le départ avait eu lieu aux arrêts précédents, et dont on descendra avant d’autres qui continueront la route sans nous. On peut manger bio, faire du sport, arrêter de fumer, croire en Dieu, ne pas se mettre au soleil et se faire lifter, il n’en reste pas moins qu’on crèvera quand la vie – enfin la mort – le décidera, inutile de refuser de le voir en se congratulant de sa tisane detox. Cette prise de conscience ne va pas de soi. Bien sûr que nous savons que nous allons mourir, mais nous ne nous avouons pas combien nous en avons peur. Une peur de maboule. Et quand un jour on réalise que tout peut VRAIMENT s’arrêter demain, on ne peut que se dire : « Mais ai-je vécu ce que je voulais faire de ma vie ? ». Et surtout : « Mais qu’est-ce que je veux faire EN VRAI de ma vie ? », avant d’être top vieux, trop fatigué, trop handicapé, trop pauvre, trop ceci, trop cela, ou simplement mort. Si vous faites partie de ceux qui fuient encore notre condition humaine, je ne peux que vous dire : courage ! Réaliser notre mortalité porte un sacré coup au moral.

3/ A ce même-moment, alors qu’on est au top vu que l’on réalise que non seulement on vieillit mais qu’en plus on va mourir, le masque social tombe. En effet, les premières décennies de la vie sont une construction de notre identité essentiellement sociale, et c’est normal. On a besoin de se construire une identité qui ne se fonde que par rapport aux autres, en réaction aux autres. On choisit donc son rôle de femme, son rôle de bosseuse, son rôle de mère, son rôle de copine, enfin bref vous l’aurez compris, on choisit les rôles qui pour des multiples raisons, notamment inconscientes, ont l’air « pour nous ». Et puis, au milieu de notre vie, notre « Soi » ressort. Et souvent, il se heure à la vie sociale que l’on s’est construite. C’est fréquent. Ca ne veut pas forcément dire qu’il faut tout péter attention ! Cela veut juste dire qu’il y a un conflit interne, fort, qui nous déroute. C’est là que l’auteure explique beaucoup de concepts comme l’archétype, l’animus, l’anima, la persona, les complexes… Mais là je vous laisse les lire et les comprendre par vous-mêmes parce que je sens que je vais me mélanger les pinceaux…

Tout d’un coup, on se tourne moins vers les autres et plus vers son intérieur, on écoute pour la première fois notre petite voix et on ne sait plus quoi faire, ni qui l’on est, ayant été tellement persuadé d’être telle personne alors qu’aujourd’hui on ne se reconnaît absolument plus dans rien.

Il n’y a pas de recette miracle pour éviter cette crise, et il faut au contraire l’accepter et prendre le temps de la vivre et de la digérer (en même temps, vous n’avez pas le choix, j’ai envie de dire !). Il vaut mieux en profiter pour creuser sur qui l’on est, sur la part d’ombre, la comprendre et laisser tout cela se remettre en place.

Parfois, la crise fait tout voler en éclat. Toujours, elle entraîne des changements. On ne peut pas savoir comment vous la vivrez ou non. Mais accepter ce moment-là, c’est faire une partie du chemin, c’est laisser le processus d’individuation se faire. Salutaire !

Pour conclure, je vais reprendre une citation de l’auteure que j’ai beaucoup aimé, au sujet du couple (qui est généralement très malmené pendant cette crise) : « L’idéal auquel nous pouvons alors aspirer serait de pouvoir aimer l’autre non pas à partir de nos manques, mais de notre plénitude ».

Jo la frite

2 Réponses à “La crise du milieu de vie : un tournant, une seconde chance de Lisbeth von Benedek”

  1. Sofia
    7 avril 2019 à 10 h 46 min #

    Comme ça me parle ! Etonnamment, j’ai eu cette sorte de crise à 26 ans, à l’aube de mon mariage (j’avais déjà deux enfants dont une de 7 ans), je me sentais devenir réellement adulte et j’ai eu besoin de trouver du sens à ma vie – et clairement, l’idée que je pouvais mourir tôt au tard planait, aussi surprenant soit-il vu mon jeune âge ; il fallait que je crée, que je « réalise », que je laisse une trace avant de mourir. Ce genre de crise bouleverse profondément mais fait tant avancer… je ne dirais pas que j’attends la prochaine avec impatience, mais je n’en ai pas peur en tout cas :)
    Merci pour ce post une fois de plus très intéressant ! Et bon dimanche :)

    • coincescheznous
      7 avril 2019 à 12 h 19 min #

      Merci Sofia :-) ))

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