La chambre bleue, de Georges Simenon

chambre bleue

La chambre bleue fait partie des romans dits ‘’durs’’ de l’auteur. Il s’agit d’une série d’écrits où il s’affranchit des enquêtes policières et de son célèbre commissaire Maigret pour fouiller plus en profondeur la nature humaine et s’ouvrir un champ littéraire plus large.

La chambre bleue reste pourtant une histoire policière. Tony Falcone est incarcéré et interrogé pour répondre d’actes dont la nature nous est inconnue et qui ne nous sera révélée qu’à la fin de l’ouvrage (pari audacieux de l’auteur).

Juge, psychiatre, policier se mélangent et se confondent pour faire accoucher Tony de son histoire. Elle débute dans la “chambre bleue” de l’hôtel de la gare où il retrouve en cachette régulièrement son amante Andrée. L’action se déroule dans les années 60 dans une petite ville rurale où tout le monde se connaît, où l’anonymat est impossible. Surtout nous découvrons l’histoire de Tony a travers ses yeux ou plutôt sa mémoire qu’il se voit contraint de fouiller, pressé par les questions de ses interlocuteurs. Tony semble totalement dépassé par les évènements qui lui arrive, jusqu’à s’en trouver parfois quasiment étranger. Il est englouti par la stupéfaction, le chagrin, l’incompréhension. La machine judiciaire est pourtant implacablement en marche. Elle demande des explications et des mobiles. Elle cherche à comprendre et analyser. Mais elle préjuge d’une volonté, d’une préméditation, alors que Tony relit son histoire comme une tragédie dont il a été le jouet. Tout l’intérêt du roman réside, hormis le fait que nous ne sachions pas de quel crime il s’agit, dans la mélancolie et l’incrédulité de l’accusé revivant l’enchaînement des faits comme un innocent. Qui plus est, l’interprétation en miroir que lui donne la justice, fouillant les causalités et s’appuyant sur les apparences pour lui en attribuer la responsabilité, rajoute étrangement de l’humanité au personnage qui ne parvient pas à rentrer dans les cases.

L’histoire est servie par une langue simple, efficace et belle d’où se dégage une certaine poésie. Le passé et le présent s’y mélangent, les accusateurs prennent tous le même visage, les interrogatoires ne forment qu’un seul et même continuum qui replongent Tony dans son histoire jusqu’au dénouement tragique. Je n’ai pu m’empêcher de penser plusieurs fois à l’Etranger de Camus durant ma lecture face à cet homme ‘’étranger’’ à la logique des hommes et à leur justice. Au final, Tony est “à côté” de ce qu’il se joue…

La fin de l’ouvrage, très réussie, est suffisamment ambiguë pour que chacun puisse se faire sa propre opinion sur la culpabilité de Tony. Homme piégé? Coupable ne s’avouant pas ses propres méfaits? A vous de juger. Quoi qu’il en soit – innocent ou coupable – se confronter à Tony et son histoire constitue une très bonne expérience de lecture. Un roman sombre et beau.

 

Tom la Patate

 

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