D’autres vies que la mienne, d’Emmanuel Carrère

emmanuel carrere

D’autres vies que la mienne est un roman particulier, où Emmanuel Carrère nous livre à la fois un récit biographique et des témoignages de ses proches.

Tout commence en décembre 2004 quand l’auteur, accompagné de son amoureuse (Hélène) et de leurs enfants respectifs, se rendent en vacances au Sri Lanka. Alors que le couple est au plus mal au point et qu’ils optent pour une séparation à leur retour, ils vivent sur place une expérience traumatisante, celle du Tsunami. Ils échappent tous à l’horreur, se situant au moment même de la vague dans les hauteurs. Mais un couple avec lequel ils avaient lié des liens perd leur petite fille de 4 ans. C’est ainsi que commence l’ouvrage : sur la narration de ces dix jours d’épouvante, où ils accompagnent Delphine et Jérôme dans les tous débuts du deuil et de l’horreur : compréhension de ce qui se passe, recherche du corps de leur fille, découverte du corps de leur fille, question du rapatriement du corps, le tout dans une souffrance que ceux qui n’ont jamais perdu un enfant redoutent plus que tout. Dans un effroi et une errance complètement glauque, Emmanuel et Hélène font le choix de se choisir, de ne plus se séparer. Cette rencontre avec des milliers de morts changent leur façon d’appréhender l’amour : ils rentrent à Paris et emménagent ensemble, pétrifiés de ce qu’ils ont vu, immensément reconnaissants de ne pas avoir perdu, eux, un enfant, quand tout le monde sur cette île est en deuil.

Quelques semaines plus tard, Hélène perd sa petite sœur, Juliette, des suites d’un cancer à rallonge. Juliette laissera derrière elle un mari et trois petites filles, âgées de six ans à un an et demi.

Suite à cette nouvelle confrontation avec la mort, Emmanuel Carrère décide d’écrire un livre. Un livre sur quoi ? Difficile à dire… Sur la vie de ces personnes décédées, la façon dont elles ont vécu, les personnes qu’elles ont aimées, ce qui les a agitées. Mais également un livre sur ceux qui restent, qui font face au deuil, qui continuent de vivre car eux sont vivants. Mais enfin et surtout un livre sur  toute la richesse qu’on ne perçoit que trop tard chez les autres, ces autres qui l’air de rien arrivent à créer des vies extraordinaires alors que pour nous, protégés en partie des affres de la vie, tout semble ordinaire.

Emmanuel Carrère est souvent jugé comme un écrivain un peu égocentré, écrivant essentiellement sur lui, ses émotions et ce qui le tient. On ne peut pas nier qu’il est au cœur de tout ce qu’il écrit, même quand il écrit sur les autres. Il fait partie de ces auteurs qui livrent sans complexe leur vie à des lecteurs inconnus, alors qu’ils ne les racontent pas forcément à leurs proches. C’est un processus qui ne me choque pas trop, car je fais partie de ces gens qui racontent facilement des choses intimes, pas tant pour être comprises que pour expliquer ce qu’il y a à comprendre dans – allez j’ose le dire sans prétention – les mystères de la vie et les mouvements de l’âme. Il est vrai que durant tout l’ouvrage, Carrère fait les ponts avec sa relation avec Hélène, sa carrière qui décolle etc., mais il me donne dans le fond le sentiment de montrer comment tout ce qui se passe autour de lui influe sur les directions qu’il prend, comment finalement l’intérêt qu’il accorde aux autres pour son livre lui permet de grandir lui en tant que personne.

Au début et à la fin du livre, Emmanuel Carrère insiste sur la fait qu’il ne savait pas aimer. Aimer quelqu’un sincèrement, pour son humanité. Et que cette lacune a failli lui coûter de perdre Hélène. Il revient sur le sujet à la fin pour dire combien il est heureux d’y être parvenu. Comment ? On ne le sait pas trop, mais sûrement en étant confronté au deuil qui prive définitivement de ceux qu’on aime. Il insiste sur le choix d’aimer, l’importance de choisir une personne. Il conclue en parlant de leur petite fille, Jeanne, qui est née deux ans après le tsunami, pour ancrer leur choix d’être ensemble, unis.

Est-ce que j’ai aimé cet ouvrage ? Oui, il y a tant de choses touchantes, et même poignantes, sur la maladie, la mort, la perte, et le chagrin. Pas mal d’humour aussi. Je pense quand même ne pas avoir réellement saisi ce que je devais saisir : je n’ai pas compris ce que l’auteur voulait dire, in fine.

Un livre néanmoins très marquant qui laisse difficilement quelqu’un indemne.

 

Jo la frite.

PS : Voir nos autres critiques sur le même auteur sur ce lien.

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