Une partie de Badminton, d’Olivier Adam

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Ça y est, nous voilà réconciliés !

J’avais beaucoup aimé les premiers romans d’Olivier Adam datant d’une dizaine d’années - Falaises et Vents contraires notamment. Il y décrivait les errements de personnages cabossés par la vie dans des décors de la côte d’Émeraude hors saison, lorsque les estivants ont déserté et que les vents balayent les plages.

J’aimais la poésie de ses textes et leur grande mélancolie. Puis l’homme – engagé et grand lecteur de Bourdieu – a voulu explorer un nouveau territoire et s’attaquer à une auscultation des dominés : zones périphériques, banlieue, migrants… Là, il m’a perdu, je reconnais. Je ne retrouvais plus sa poésie et ses récits de la domination de classe me semblaient trop démonstratifs et caricaturaux (Cf. critique de la Renverse ici)

J’ai donc ouvert son dernier opus sans beaucoup d’attente et…J’ai adoré !

Olivier Adam revient avec son double fictionnel : Paul (celui des Vents Contraires, de Falaises et des Lisières). Après quelques succès littéraires qui l’ont fait déménager de Saint Malo à Paris avec femme et enfants, Paul connaît une traversée du désert. Ses derniers livres ont été de cuisants échecs. Le voilà contraint de se réinstaller en Bretagne et d’accepter un boulot dans le journal local pour subsister. Retour à la case départ donc. Un retour d’autant plus douloureux que les ennuis commencent à s’amonceler. La petite ville de Bretagne dans laquelle il réside ne s’avère pas aussi tranquille qu’elle en a l’air, sa femme se fait étrangement distante, sa fille vit très mal ce nouveau déménagement et une femme inconnue semble le suivre régulièrement. Le début d’une descente aux enfers qui ne laissera pas beaucoup de temps à Paul pour lutter contre ses propres démons. Comme l’écrit l’auteur : “un jour ou l’autre on doit négocier avec la loi de l’emmerdement maximum. Reste à disputer la partie le plus élégamment possible’’. Voilà ce que devra faire Paul tout au long de ce récit où les embûches lui tombent dessus aussi souvent et vigoureusement que des rafales de pluie bretonne !

J’ai retrouvé dans ce texte tout ce que j’aimais tant chez Adam : mélancolie, bord de mer en hiver, style simple et poétique. Mais s’y est ajouté cette fois une touche de second degré, un petit plaisir presque sadique à secouer comme un prunier son double de fiction et à agencer des péripéties pour contrarier son spleen. Une partie de badminton m’a ainsi fait un peu penser (en moins méchant) à Mon Chien Stupide de Fante. La mélancolie se teinte d’autodérision et prend des airs comiques. L’anti-héros dépressif se transforme en héros presque malgré lui, avale des couleuvres et se débat avec un entrain qui le dépasse et dont il se serait cru bien incapable.

Mais Olivier Adam ne propose pas une pantalonnade. Le petit humour pinçant qu’il distille au fil des pages est suffisamment bien amené et dosé pour ne pas transformer le récit en farce. Le monde de Paul vole petit à petit en éclat et j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour son désarroi, sans jamais porter sur lui un regard cynique, condescendant ou moqueur. Olivier Adam fait également le pari de multiplier les intrigues pour chambouler la vie morose de son héros à terre. Pari réussi car le récit est trépidant malgré sa relative longueur.

Cerise sur le gâteau, Paul (double littéraire de l’écrivain donc, comme évoqué plus haut), permet à Adam de jouer sur la frontière entre réalité et fiction. Certains des éléments du récit sont réellement arrivés à Adam comme les moqueries de Beigbeder à son endroit par exemple. Outre son aspect purement ludique, ce petit jeu permet aussi à l’auteur de porter un regard sur le monde littéraire contemporain dans tout ce qu’il a d’arbitraire et de vain. Il donne aussi à voir la condition d’auteur dans la société de nos jours, avec ses hauts et ses bas.

Un roman culotté, ambitieux, humain, trépidant. Un auteur revigoré. Bref, une très belle surprise.

 

Tom la Patate

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