Le cœur de l’Angleterre, de Jonathan COE

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Jonathan Coe est l’une des grandes plumes contemporaines du Royaume Uni. Lauréat de nombreux prix, il a connu un succès international grâce à son quatrième livre : le Testament à l’anglaise.

« Tout est politique », voilà un aphorisme qui va comme un gant à son dernier roman Le cœur de l’Angleterre, paru en septembre dernier. Roman du Brexit, il raconte à travers une chronique douce-amère le quotidien de Benjamin Trotter et de ses proches de 2010 à nos jours chez nos amis d’Outre-Manche.

Les amateurs de Jonathan Coe (dont je fais partie) connaissent déjà bien une partie des personnages du livre. Ils étaient les héros de deux récits parus il y a une quinzaine d’années (Bienvenue au Club et le Cercle fermé). Ils racontaient la jeunesse de Benjamin et les années Thatcher, puis sa vie d’adulte sous Tony Blair. L’idée de ces deux volumes consistaient à mêler la grande à la petite histoire, l’intime d’une existence aux grands mouvements de l’Histoire du pays. Voilà donc notre auteur qui reprend ce procédé et ses héros pour ausculter de 2010 à nos jours ce qu’ils sont devenus la cinquantaine entamée dans une Angleterre en pleine crise existentielle. Si le diptyque s’est transformé en triptyque, je précise néanmoins que ce dernier volume peut se lire sans connaître les autres. Comme dans les précédents tomes, les politiques en prennent pour leur grade, au premier rang desquels David Cameron – minable calculateur politique jouant à l’apprenti sorcier. Mais la plume de Coe n’épargne personne. Ni Theresa May, ni Boris Johnson, ni Jeremy Corbyn.

 Mais au-delà du regard terrible posé sur la classe politique du pays, son cynisme et sa veulerie, c’est au malaise qui attaque ses habitants que Coe s’intéresse le plus. Il décrit une classe moyenne perdue dans un monde qui change trop vite. Elle n’a plus de repères, elle se sent reléguée, attaquée. Elle a peur de l’étranger, de la crise, du terrorisme, des migrants… Coe montre merveilleusement comment ces angoisses se heurtent au politiquement correct et à la bien-pensance des élites mondialisées. L’auteur décrit alors l’amertume de n’être jamais écouté, jamais entendu et le retour sur soi que cela engendre. Le malaise social prend une telle ampleur qu’il s’immisce dans le quotidien. Il fait se séparer des couples, entache les aspirations à l’intégration, crée de la division au sein du voisinage le plus proche, au sein de la famille même. Il est comme une tumeur qui grossit et infecte toutes les relations humaines. Le Brexit n’en est finalement que son incarnation politique, comme peut l’être Salvini en Italie, le Front National en France, Trump aux Etats-Unis….

L’entreprise de Coe est ambitieuse et plutôt réussie. Mais tout cela manque de la fantaisie et de la cocasserie dont l’auteur sait pourtant faire preuve, comme dans le Testament à l’anglaise, la Maison du Sommeil ou plus récemment l’excellent La Vie très privée de Monsieur Sim. Dit autrement, aussi intéressante soit-elle, cette chronique triste et désabusée d’une Angleterre également triste et désabusée manque un peu de sel. De plus, d’un point de vue plus méta, on peut s’interroger sur la justesse du procédé. Tout est-il vraiment politique ? L’intime peut-il se faire cannibaliser à ce point par les grands débats de société qui nous entourent ? Je n’en suis pas sûr personnellement et j’ai trouvé que le trait était un peu trop forcé, même si réalisé avec une indéniable dextérité.   

Quoi qu’il en soit, petite satisfaction de franchouillard face aux drames de la perfide Albion, c’est de France que vient la lumière par deux fois dans ce roman brillant, mais peut-être un peu fade et forcé.

Tom la Patate

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