La peste, d’Albert Camus

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Je dois reconnaître que je suis souvent passée à côté des œuvres d’Albert Camus, notamment de L’étranger qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Mais un jour, un copain critique littéraire m’a dit la chose suivante : « Si tu passes à côté d’un chef d’œuvre, c’est le chef d’œuvre qui a raison ». J’ignore si cela est vrai, mais je trouve ça intéressant. Et déroutant. Alors forcément, pendant cette pandémie de coronavirus, je me suis dit qu’il était temps de me plonger sérieusement dans… La peste et de renouer avec Camus.

Albert Camus a un parcours assez connu, que vous avez peut-être étudié au lycée. C’est un homme qui force l’admiration car c’est un homme de convictions et d’actions. Je ne vais pas vous retracer sa vie ici, d’autres l’ont (tellement bien) fait avant moi. Retenez en gros que c’est un auteur français du début du XXème, né en Algérie, résistant de la 2nde Guerre Mondiale, luttant contre les inégalités, les caricatures, et les idéologies « qui détournent de l’être humain ». Il reçoit le Prix Nobel de la Littérature en 1957 pour ses œuvres du cycle de la révolte (des œuvres qui ont pour but de montrer que l’absurde peut entraîner une révolte positive qui pousse à l’action). Il meurt très jeune, à 47 ans, d’un accident de voiture.

La peste, paru en 1947, est l’un de ses énormes succès. Vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires, il est le 3ème roman le plus vendu de tous les temps chez Gallimard, derrière Le petit prince et L’étranger (!). J’ai donc ouvert, comme des millions de personnes avant moi, un mastodonte de la littérature, durant une période qui me semblait intéressante pour le découvrir : celle d’une pandémie.

Le roman se passe à Oran, dans les années 1940. La ville, effervescente, remarque l’apparition en nombre massif de rats morts dans les rues et les halls d’immeubles. Puis surgissent quelques cas de malades dont les symptômes laissent envisager une maladie déjà connue de l’homme : la peste. Il faudra par la suite peu de temps pour en être certain : la ville connaît une forte épidémie, elle doit être fermée au monde extérieur et prendre le temps d’enrayer le fléau, si toutefois elle y parvient. Il semblerait que Camus se soit inspiré de quelques cas de peste ayant eu lieu en Algérie les années précédentes pour nourrir sa fiction.

Comme j’ai découvert ce roman en pleine épidémie, je n’y ai pas cherché d’analogie avec un autre sujet. Pourtant, La Peste se veut une analogie du nazisme (la peste brune) qui gagne du terrain en Europe. Cela est validé par l’auteur lui-même dans un courrier adressé à Roland Barthes : « La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n’est pas nommé, tout le monde l’a reconnu, et dans tous les pays d’Europe. Ajoutons qu’un long passage de La Peste a été publié sous l’Occupation dans un recueil de Combat et que cette circonstance à elle seule justifierait la transposition que j’ai opérée. La Peste, dans un sens, est plus qu’une chronique de la résistance. Mais assurément, elle n’est pas moins. ». Ainsi donc, les réactions des personnages sont à interpréter doublement : d’un côté comme des personnages du roman, qui rencontrent la peste, la maladie ; de l’autre, comme une analogie de nous, citoyens, face aux menaces totalitaires & meurtrières. Ici, toutes les analogies sont bonnes à faire ! Aussi bien avec nos gouvernements en temps de guerre qu’en temps de coronavirus : Au début, les représentants de l’État ne prennent pas la menace au sérieux, les dispositions prises sont ridicules face au danger qui se profile. Puis vient le temps de la compréhension plus fine de ce qui se joue : la peur, les mesures plus sérieuses. Idem pour nous, citoyens. Il y a les résistants de la première heure, qui mesurent tout de suite ce qui se passe, et qui vont consacrer des années d’énergie, quitte à mourir, pour lutter. Il y a les fuyards, les lâches, qui veulent quitter la ville fermée au monde extérieur, pour sauver leur peau, laissant les autres derrière. Il y a les tardifs, ceux qui croient que ça va aller, avant de comprendre que ça n’ira pas mieux sans une action collective. Il y a les méprisants, les dédaigneux, qui n’ont peur de rien, « même pas peur », et qui finissent malheureusement souvent par tomber malade. Et puis, évidemment, il y a les traitres, qui dénoncent les pestiférés, les exclus, de peur de l’attraper eux-mêmes.

Vous l’aurez compris, il y a de quoi s’interroger sur la nature humaine, et sur notre capacité individuelle à entrer dans l’action.

Bien que je trouve l’analogie puissante, les différentes positions finement décrites, et la modernité indéniable, je me suis ennuyée en lisant cette œuvre. Ce chef d’œuvre dont je suis passée à côté. Pas facile d’assumer que je n’ai pas « adoré » La peste et que franchement, j’ai fait un effort pour le finir. Je pense que l’écriture particulière de Camus ne m’embarque pas, je ne sais pas pourquoi, car je reconnais chez lui un talent indéniable. Je trouve toujours une distance entre son personnage principal (ici le docteur Rieux) et le lecteur qui m’est désagréable et qui me laisse sur le bas-côté. Je le regrette car c’est un livre dont le contenu est puissant, l’écriture avant-gardiste (le livre a presque 80 ans et n’a pas pris une ride) et le message très clair. C’est parfait en fait. Sauf que je passe à côté.

 

Jo la Frite

PS : Sur ce thème de la peste, j’en profite pour vous présenter ma fable préférée de La Fontaine, Les animaux malades de la peste (1678).

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